Départ ruta: Cinéma Studio 28
Fin ruta: Studio des Ursulines
Nombre de lieux : 10
Distance totale: 4,120 km
Auteur de ruta: Javier Espada
Directeur du Centre Buñuel de Calanda (Espagne). Calanda est le village de la région d'Aragon où Buñuel est né. Espada est un expert de l'oeuvre Buñuel.
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JAVIER ESPADA, directeur Centro Buñuel de Calanda
Parcourir le Paris de Buñuel est surprenant : à de petits changements et à quelques disparitions près comme la Brasserie Cyrano il reste tel que la « vécu » Luis Buñuel. Les studios de cinéma situés près de Paris et où il a réalisé pas moins de neuf de ses films ont eux connu un tout autre sort : parmi eux, seuls les studios Eclairs d'Epinay-sur-Seine ont été conservés.
Sur les traces de Buñuel, les promenades le long du Boulevard du Montparnasse, sur la rive gauche de la Seine, nous conduisent dans des cafés agréables, des restaurants animés comme « La Coupole », ou sélects comme « La Closerie des Lilas », qui gardent cette saveur indéfinie qu'on peut parfois confondre avec la nostalgie.
Sur l'autre axe du quartier, le Boulevard Raspail, près de l'arret de métro, se trouve un hôtel typiquement parisien, l'hôtel Aiglon, que Buñuel avait choisi pour la vue qu'offraient ses chambres sur le tranquille cimetière-jardin de Montparnasse. Là où reposent Cortázar, Baudelaire et où Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir partagent une tombe. Buñuel aimait à se promener dans ce cimetière.
Selon lui, il ne fallait pas craindre la quiétude qui s'en dégageait. Dans l'hôtel, il se réunissait avec Jean-Claude Carrière pour travailler à l'écriture de leurs scénarios. Plus d'une fois, à son arrivée, Carrière trouva Buñuel étendu au sol, comme mort, ce dernier aimant à lui jouer souvent ce tour.
Buñuel n'a jamais pu filmer dans l'un des plus beaux restaurants, Le Train Bleu, situé dans la gare de Lyon, sous une voûte où étaient représentées les villes à destination desquelles les trains partaient, et où les sièges semblent sortis d'anciens trains
Les cinémas que fréquentaient Buñuel continuent d'exister. Mais désormais, ce sont des films pour enfants que l'on projette au studio des Ursulines ; au Studio 28, quelques photographies d'epoque rappellent les dégâts provoqués par des membres de l'extrême droite française pour attaquer le film L'âge d'or : on y voit les oeuvres d'art des surréalistes alors exposées dans le vestibule, mises en pièces. Le Vieux Colombier a failli disparaître, mais reconverti en théâtre, il a finalement été sauvé.
L'hôtel Ronceray a vieilli dignement, et le passage Jouffroy a toujours le même charme que lorsque don Luis le parcourait. C'est là qu'il filma le dernier fragment de son ouvre : n'appreciant pas le résultat de la séquence finale de Cet obscur objet de désir, son dernier film, il y revint pour la filmer à nouveau.
Ainsi, son oeuvre, qui avait commencé à Paris, avec un Buñuel coupant l'il d'une femme avec un rasoir, se termina également à Paris, avec cette séquence où une femme, dans la vitrine d'un magasin du passage Jouffroy, raccommode un morceau de tissu.
Javier Espada